Pourquoi les plus modestes consomment davantage de leur revenu

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DOSSIER 074/128 · ANALYSE DOCUMENTAIRE · PAUVRETÉ, LOGEMENT ET INÉGALITÉS

MOINS TU GAGNES, MOINS IL RESTE À METTRE DE CÔTÉ.

Les ménages aisés dépensent davantage en euros. Les plus modestes consacrent pourtant une plus grande fraction de leurs ressources aux dépenses courantes.

THEFAKEBANK · ANALYSE DOCUMENTAIRE · PUBLIÉ ET VÉRIFIÉ LE 22 OCTOBRE 2026
LECTURE DIRECTE : 4 MIN · COMPTES PAR CATÉGORIES 2022 · PUBLICATION 2024 · SIMULATIONS

En 30 secondes

Consommer une plus grande part de son revenu ne signifie pas acheter davantage en euros. L’Insee estime qu’en 2022 les 20 % les plus aisés épargnaient 27 % de leur revenu disponible net, alors que les plus modestes n’épargnaient pas en moyenne. Les dépenses privées des premiers étaient pourtant 2,3 fois celles des seconds par unité de consommation. Le revenu forme le dénominateur : un budget réduit laisse moins de place après les dépenses essentielles. Ces résultats décrivent des groupes, pas chaque ménage. [S1]

01 — LE CHOC. Dépenser moins peut prendre presque tout.

Prenons deux budgets mensuels fictifs. Le premier reçoit 1 200 euros et dépense 1 150 euros ; le second reçoit 6 000 euros et dépense 4 200 euros. Le premier consomme 95,8 % de son revenu, le second 70 %. Pourtant, le second dépense plus de trois fois autant en euros. Aucun paradoxe : on compare une proportion et un montant.

La réserve restante est de 50 euros dans un cas, 1 800 euros dans l’autre. Une dépense imprévue de 300 euros représente six mois de la première réserve, contre un sixième de la seconde. Ces calculs ne prétendent pas décrire deux familles moyennes ; ils rendent visible ce qu’un classement des dépenses en euros laisse de côté.

02 — LES PIÈCES. Comparer les bons dénominateurs.

Dans ses comptes par catégories de ménages pour 2022, publiés en novembre 2024, l’Insee observe une forte progression de l’épargne avec le niveau de vie. Il distingue consommation privée et dépenses publiques bénéficiant aux ménages. Il inclut aussi des loyers imputés aux propriétaires : ce sont des conventions de comptabilité nationale, pas uniquement des paiements constatés sur un compte bancaire. [S1]

Les dépenses pré-engagées ajoutent une contrainte de calendrier. France Stratégie les étudie comme des dépenses liées à des contrats ou engagements difficiles à renégocier rapidement. Quand les ressources diminuent, on ne peut pas nécessairement réduire le loyer ou un abonnement dès le lendemain. La fraction ajustable du budget est donc plus petite que le revenu total. Cela ne signifie pas que toutes les dépenses concernées sont identiques ni définitivement incompressibles. [S2]

Revenons à notre exemple : si un panier indispensable coûte 30 euros de plus, il ne reste que 20 euros de réserve au premier budget, contre 1 770 euros au second, toutes choses égales par ailleurs. La même hausse monétaire a consommé 60 % de la petite réserve et 1,7 % de la grande. Une inflation moyenne ne raconte pas seule cet effet.

03 — LES CONSÉQUENCES. Une hausse frappe deux budgets.

La fiscalité sur la consommation doit également être lue avec son dénominateur. Si deux personnes achètent exactement le même produit au même prix et au même taux de TVA, la taxe comprise dans ce prix est identique en euros. Son poids par rapport à leurs revenus diffère. Cela ne permet pas de calculer leur taux fiscal total sans connaître les autres taxes, les revenus et les prestations.

Combien d’euros supplémentaires, et quelle différence sur ce qui restait disponible ? Ce sont deux lectures utiles du pouvoir d’achat. Une baisse de taxe doit atteindre le prix ; une aide ciblée doit atteindre ses bénéficiaires. Le nom de la mesure ne démontre pas son résultat.

La question n’est donc pas de savoir qui achète le plus dans l’absolu. Elle est de comprendre qui peut encore absorber une variation. Une petite part d’un grand revenu et une grande part d’un petit revenu ne produisent ni la même épargne ni la même sécurité face au prochain imprévu.

POUR ALLER PLUS LOIN — MÉTHODE, CALCULS ET LIMITES

Pour un prix fictif de 120 euros TTC au taux de 20 %, le montant hors taxe est 100 euros et la TVA 20 euros : appliquer 20 % à 120 donnerait un mauvais résultat. Les 20 euros représentent 1,67 % d’un revenu de 1 200 euros et 0,33 % d’un revenu de 6 000 euros. Ce seul achat n’est pas une estimation de la charge fiscale annuelle. L’épargne peut aussi être négative sur une période, par utilisation d’une réserve ou endettement. Enfin, le revenu disponible net des comptes nationaux n’est pas le salaire net d’une fiche de paie. Nous conservons les unités de l’Insee et ne transformons pas ses résultats 2022 en statistiques de 2026.

Méthode : analyse documentaire de sources primaires. Les simulations sont signalées ; elles ne sont pas des résultats d’enquête. Les propositions de THEFAKEBANK sont distinguées des constats. Signaler une erreur : contact@thefakebank.com.

LES SOURCES.

Documents contrôlés le 22 octobre 2026. Dates des documents, périodes des données et limites d’accès précisées ci-dessous et dans le texte.

  1. S1 — Insee Focus 338, 5 novembre 2024, Consommation et épargne par catégories de ménages en 2022
  2. S2 — France Stratégie, note d’analyse 102, août 2021, Les dépenses pré-engagées ; notion et méthode

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