BlackRock : qui possède l’argent et qui exerce le pouvoir ?

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DOSSIER 021/128 · ANALYSE DOCUMENTAIRE

BLACKROCK. L’ARGENT DES AUTRES.

15 500 milliards de dollars gérés pour des clients à fin septembre 2026. Cet argent n’est pas sa fortune. Les frais, les votes et les outils donnent pourtant au groupe un pouvoir bien réel.

THEFAKEBANK · ANALYSE DOCUMENTAIRE · MISE À JOUR : 20 OCTOBRE 2026
LECTURE DIRECTE : 3 MIN · ENCOURS AU 30 SEPTEMBRE 2026 / VOTES 2025–2026

L’ESSENTIEL ↗

En 30 secondes

Environ 15 500 milliards de dollars d’actifs sous gestion au 30 septembre 2026. C’est le chiffre publié par BlackRock le 14 octobre 2026. Cet argent est placé pour des clients : ce n’est ni la fortune de Larry Fink, ni le bénéfice du groupe. Son pouvoir existe, mais il faut le chercher au bon endroit. [S0]

01 — LE CHOC. Gérer n’est pas posséder.

BlackRock est un gestionnaire d’actifs. Des particuliers et des institutions investissent dans des fonds ou lui confient des mandats. L’entreprise organise cette gestion et facture ses services.

La différence est simple : l’argent présent dans une agence immobilière ne devient pas la fortune personnelle de son directeur. De même, gérer un portefeuille ne rend pas automatiquement le gestionnaire propriétaire économique de tous les actifs de ses clients. Cette comparaison explique un principe, pas les règles juridiques de chaque fonds.

Les 15 488,263 milliards de dollars déclarés pour fin septembre 2026 donnent la taille de l’encours, arrondi ici à 15 500 milliards. L’encours peut varier avec les marchés et les sommes confiées ou retirées par les clients. Il ne mesure pas les profits encaissés.

02 — LES PIÈCES. Les frais, les votes, les outils.

En 2025, BlackRock déclarait 24,216 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 5,553 milliards de bénéfice net GAAP attribuable au groupe. Ces chiffres annuels historiques n’ont pas la même période ni la même fonction que l’encours de septembre 2026. [S1, S2]

Son influence passe notamment par les droits de vote liés aux actions. Selon les mandats et les fonds, ses équipes peuvent voter au nom de clients sur des résolutions d’entreprises. Les votes, la rémunération des dirigeants ou les choix de gouvernance peuvent avoir des conséquences concrètes.

Cela ne donne pas un pouvoir illimité. Les règles des véhicules, les instructions des clients et la réglementation s’appliquent. BlackRock propose aussi Voting Choice, qui élargit certains choix de vote. Au 30 juin 2026, il annonçait 3 960 milliards de dollars d’actifs éligibles, dont 923 milliards engagés dans le dispositif. Ce n’est pas un vote direct donné à chaque épargnant. [S6]

Autre levier : les services technologiques, notamment Aladdin. Il faut distinguer vendre un outil d’analyse, gérer des placements et posséder les titres analysés. Additionner ces activités comme une seule propriété mondiale raconte un système imaginaire.

03 — LES CONSÉQUENCES. Contrôler une délégation immense.

Les investisseurs supportent les risques de leurs placements. Le gestionnaire perçoit des revenus de services, dont une partie dépend des actifs gérés. Une baisse des marchés peut donc aussi réduire ses revenus : il ne gagne pas automatiquement à toutes les crises.

Quels votes ont été exprimés avec l’argent confié au gestionnaire, et quels frais ont été prélevés ? La délégation mérite d’être lisible. La diversité des mandats complique le contrôle ; elle ne rend pas la question du pouvoir de vote secondaire.

Détenir des participations dans des entreprises concurrentes ne suffit pas à démontrer une entente. Cette enquête ne prouve aucun complot mondial. Elle documente la concentration de fonctions financières et les questions de gouvernance qu’elle pose.

ALLER PLUS LOIN — L’ANALYSE DÉTAILLÉE ET SES LIMITES

En 30 secondes

Au 30 septembre 2026, BlackRock déclarait environ 15 500 milliards de dollars d’actifs sous gestion pour ses clients. [S0] Ce chiffre ne représente ni son bénéfice, ni son argent disponible. La société gagne des revenus de gestion et de services. Elle peut aussi exercer des droits de vote pour des clients qui l’y autorisent. Les investisseurs supportent les résultats de leurs placements ; la société conserve ses revenus de services après ses propres charges. Décrire cette concentration sans exagérer sa propriété rend la critique plus solide.

1. Le chiffre qui change de sens en traversant un titre

Le communiqué du 14 octobre 2026 porte sur le trimestre clos le 30 septembre. Son tableau donne 15 488 263 millions de dollars d’actifs sous gestion, soit 15 488,263 milliards, arrondis ici à 15 500 milliards. Il annonce 205 milliards de collecte nette sur le trimestre. Ces encours concernent des portefeuilles de clients : ils ne sont ni le patrimoine de Larry Fink ni le bénéfice du groupe. [S0] Le repère annuel précédent reste environ 14 000 milliards à fin 2025, selon les résultats publiés le 15 janvier 2026. [S1]

Trois concepts doivent rester séparés. Les actifs sous gestion mesurent la valeur des portefeuilles confiés. Le chiffre d’affaires mesure les recettes de l’entreprise pendant une période. Le bénéfice mesure ce qu’il reste après ses charges selon les règles comptables. Enfin, la capitalisation boursière est le prix de l’ensemble des actions de BlackRock sur le marché, encore une autre grandeur.

Écrire que Larry Fink « possède » le total des portefeuilles revient à transformer un mandat de gestion en patrimoine personnel. Comparer ce total à un PIB peut donner une intuition d’échelle, mais oppose un stock d’actifs à une production annuelle. Le rapprochement ne prouve ni une capacité d’achat équivalente, ni un contrôle politique correspondant.

2. Qui apporte cet argent ?

Le rapport annuel distingue une clientèle institutionnelle et une clientèle de particuliers, directement ou par des intermédiaires. Il cite notamment des dispositifs de retraite, fondations, assureurs, entreprises et institutions officielles. BlackRock décrit son activité comme une gestion exercée au bénéfice de ses clients. Cette déclaration de l’entreprise n’est pas, à elle seule, un certificat d’absence de conflits d’intérêts. [S2]

Pour suivre un placement, imaginons une salariée qui investit dans un fonds de retraite utilisant un produit géré par BlackRock. Ses versements n’entrent pas dans la poche personnelle du dirigeant. Ils financent des parts d’un véhicule ou un mandat. Les investissements et leurs résultats servent les droits économiques des investisseurs selon les contrats applicables. Le gestionnaire facture une prestation.

On ne peut cependant pas conclure que tous les clients seraient modestes, ni que tous les bénéficiaires seraient des milliardaires. Une institution peut représenter des milliers de personnes ; un particulier peut posséder un portefeuille considérable. La ventilation commerciale des clients ne constitue pas une distribution mondiale de leur patrimoine final.

3. L’ETF : acheter un panier, déléguer une organisation

L’AMF définit les ETF indiciels comme des fonds cotés qui cherchent à reproduire l’évolution d’un indice. Acheter une part ne revient donc pas à choisir soi-même chacune des sociétés sous-jacentes. Le produit organise cette exposition. [S3]

Dans un exemple fictif, un panier répartit 100 euros entre plusieurs entreprises. Si l’indice attribue 6 % à une société, l’exposition économique visée est de 6 euros. Cela ne veut pas dire que chaque investisseur décide personnellement des votes associés aux actions détenues dans le fonds. Les droits économiques et les modalités de gouvernance suivent des circuits différents.

La gestion indicielle peut réduire le coût de diversification. Mais reproduire un indice signifie aussi accepter sa composition et ses règles. Le mot « passif » décrit un objectif d’investissement, pas l’absence de décisions de gouvernance. L’AMF rappelle par ailleurs que les ETF exposent notamment aux baisses de l’indice, à des écarts de suivi et, selon les produits, à des risques de liquidité ou de change. [S3]

4. Le pouvoir se voit mieux dans les votes que dans les slogans

BlackRock Investment Stewardship indique voter aux assemblées pour les clients qui l’y autorisent. Son dispositif distingue des équipes et politiques selon les stratégies. Au 30 juin 2026, l’entreprise indique que plus de 90 % des actifs de ses clients en actions cotées sont investis dans des stratégies indicielles. Ce pourcentage porte sur les actions cotées concernées, pas sur la totalité de ses actifs sous gestion. [S4]

Pour sa période du 1er juillet 2025 au 30 juin 2026, la page de stewardship annonce environ 16 600 assemblées et 154 000 résolutions votées, ainsi que 2 600 échanges avec 2 000 entreprises. Ce sont des chiffres déclarés par BlackRock, issus de son propre reporting et d’ISS. Ils mesurent une activité ; ils ne disent pas que BlackRock a imposé l’issue de chaque scrutin. [S5]

Voici le mécanisme de pouvoir : de nombreux investisseurs dispersés peuvent déléguer le vote à une même organisation. Celle-ci dispose alors d’un accès récurrent aux directions et d’une capacité de peser sur certaines décisions. Une participation minoritaire peut compter lorsque l’actionnariat est dispersé. Elle ne donne pas automatiquement le droit de diriger seule une entreprise ou de lui imposer ses prix.

5. Rendre le vote aux clients : quelle portée ?

BlackRock a lancé Voting Choice en 2022. Selon sa page arrêtée au 30 juin 2026, 3 960 milliards de dollars d’actifs indiciels actions sont éligibles et 923 milliards sont engagés dans ce dispositif. Le programme propose notamment des politiques de vote tierces ou, pour certains mandats, une politique propre. Il demeure soumis à l’éligibilité juridique et opérationnelle des produits. [S6]

Le rapport de 923 à 3 960 représente environ 23,3 %. Ce calcul rédactionnel décrit la part des actifs éligibles engagés ; il ne décrit pas la part de tous les actifs BlackRock votée directement par des personnes physiques. « Éligible », « participant » et « vote individuel » ne sont pas synonymes.

Ce dispositif répond partiellement à la critique d’une délégation trop concentrée. Sa limite demeure la capacité réelle des clients à comparer les politiques, contrôler leur application et assumer le coût du suivi. Un menu de politiques peut faciliter le choix sans donner à chaque épargnant un vote personnalisé sur chaque entreprise.

6. Où l’entreprise gagne-t-elle son argent ?

Le rapport annuel 2025 indique 24,216 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 5,553 milliards de résultat net attribuable à BlackRock selon les normes GAAP. Les recettes proviennent notamment de frais de gestion, de commissions de performance et de services technologiques. Ces comptes portent sur l’année 2025 ; ils ne doivent pas être confondus avec le stock d’actifs sous gestion de septembre 2026. [S2]

Pour comprendre l’effet d’échelle, prenons un tarif hypothétique de 0,20 % sur 10 000 euros : il représente 20 euros annuels, à encours constant. Sur 100 milliards, le même taux produit 200 millions. Cet exemple ne correspond ni au tarif unique de BlackRock, qui n’existe pas, ni à son bénéfice. Il reste des coûts de personnel, de distribution et de fonctionnement, ainsi que des différences entre produits.

Les clients peuvent perdre de l’argent sur leurs placements tout en payant certains frais. Cela crée un sujet légitime : quelle prestation reçoit-on pour le prix demandé ? Mais la société n’est pas insensible aux marchés. Quand les actifs baissent, la base de calcul de nombreux frais diminue ; les retraits de clients peuvent aussi réduire ses recettes. Elle n’encaisse donc pas automatiquement davantage lorsque tout se dégrade.

Le communiqué 2025 annonce également 5 milliards de dollars retournés à ses actionnaires, dont 1,6 milliard de rachats d’actions. Il faut distinguer ces actionnaires de BlackRock des porteurs de parts de ses fonds : les deux ensembles peuvent se recouper, mais leurs droits et leurs revenus ne sont pas identiques. [S1]

7. Aladdin : gérer l’information n’est pas posséder les actifs

BlackRock commercialise aussi Aladdin. Sa présentation de Whole Portfolio décrit des outils permettant aux institutions de rapprocher données, expositions, risques, liquidité et performances des marchés publics et privés. C’est la description d’une plateforme de travail et d’analyse. Elle n’établit pas que BlackRock possède tous les actifs suivis avec son logiciel. [S7]

L’enjeu critique est plutôt la dépendance opérationnelle. Si plusieurs institutions utilisent un même fournisseur, que se passe-t-il en cas d’interruption, d’erreur de données ou de difficulté à changer de prestataire ? Quelles informations sont accessibles à quels services ? Quelles séparations, quel contrôle des modèles et quels mécanismes de secours existent ?

Ces questions constituent des pistes d’enquête. Ce dossier ne démontre pas un accès illimité de BlackRock aux secrets de tous ses clients ni une exploitation illégale de leurs données. Il manque pour cela des preuves précises. Additionner aux actifs sous gestion tous les actifs analysés par un logiciel créerait, en outre, des doubles comptes et mélangerait deux activités.

8. Qui gagne, qui supporte les risques ?

Les investisseurs peuvent obtenir une diversification, une administration et un accès aux marchés à des frais qu’ils jugent acceptables. Ils supportent les performances des produits, leurs risques et les frais prévus. BlackRock, ses salariés et ses actionnaires bénéficient de son activité commerciale selon les salaires, charges et distributions de l’entreprise. Les dirigeants des sociétés détenues font face à des investisseurs institutionnels capables de suivre de nombreux dossiers.

Une simulation éclaire la distinction. Un portefeuille de 10 000 euros gagnant 5 % avant un coût illustratif de 0,20 % atteint approximativement 10 480 euros après ce seul coût calculé sur l’encours initial. Avec une baisse de 10 %, il atteint approximativement 8 980 euros selon la même convention. Dans les deux cas, le coût retenu est 20 euros. Le calcul ignore fiscalité, calendriers et autres frais : il explique une relation, sans promettre un rendement.

Les effets collectifs méritent aussi débat : concentration des mandats, homogénéité de certaines politiques de vote et accès inégal aux marchés. Mais établir qu’un gestionnaire détient des participations dans des concurrents ne prouve pas une entente entre ces entreprises. Il faut examiner les décisions, leurs canaux et les éléments de causalité.

9. Trois règles pour un pouvoir mieux contrôlé

Première piste : rendre les votes et leurs justifications plus faciles à comparer, produit par produit. Avantage : les clients pourraient confronter les décisions à leur mandat. Limite : publier beaucoup de fichiers ne suffit pas à rendre intelligibles des milliers de résolutions ; les coûts d’analyse restent élevés.

Deuxième piste : élargir le choix de politiques de vote et mesurer l’usage réel. Avantage : réduire certaines délégations subies. Limite : une grande diversité de clients n’implique pas une capacité égale à exercer ces choix. Les droits des petits porteurs et la charge opérationnelle doivent être examinés ensemble.

Troisième piste : tester la continuité des services technologiques et la possibilité de changer de prestataire. Avantage : diminuer la dépendance à un point de passage. Limite : la migration de systèmes complexes coûte cher et peut créer ses propres risques. La proportionnalité du contrôle doit reposer sur l’activité réelle, pas sur un slogan.

Le pouvoir de BlackRock est donc plus précis qu’une propriété du monde : organiser des portefeuilles, exercer certains droits délégués, facturer des services et fournir des outils. Ce sont des mécanismes documentables. Les examiner permet de demander des comptes sans inventer un propriétaire unique derrière toute l’économie.

Sources et méthode

Vérification documentaire : 20 octobre 2026. Aucun entretien ni droit de réponse sollicité. Aucun fait délictuel allégué. Les informations commerciales et de gouvernance sont attribuées à BlackRock et recoupées, pour les mécanismes ETF, avec l’AMF. Le chiffre d’encours est actualisé au 30 septembre 2026 à partir du communiqué du 14 octobre. Les comptes annuels 2025 restent explicitement historiques. Les chiffres de vote portent sur leurs périodes propres.

LES SOURCES.

  1. S0 — BlackRock, résultats du troisième trimestre 2026, 14 octobre 2026, tableau page 1
  2. S1 — BlackRock, communiqué des résultats 2025, 15 janvier 2026
  3. S2 — BlackRock, rapport annuel 2025, tableaux financiers et présentation de l’activité
  4. S3 — AMF, ce qu’il faut savoir sur les ETF Contenu indexé récupéré ; accès direct partiellement bloqué lors du contrôle
  5. S4 — BlackRock, Investment Stewardship, données 30 juin 2026
  6. S5 — BlackRock Investment Stewardship, bilan 1 juillet 2025–30 juin 2026
  7. S6 — BlackRock Voting Choice, données 30 juin 2026
  8. S7 — BlackRock Aladdin, Whole Portfolio

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